• The Frello Team

Programme d’alphabétisation de Frello : présentation et principes

Mis à jour : oct. 20

Sommaire

Frello

Frello met à la disposition des professeurs et des apprenants de FLE une plate-forme d’enseignement-apprentissage dans le cadre d’un dispositif hybride combinant présentiel et distanciel ou distanciel accompagné.

La plate-forme est accessible via applications WEB et mobiles, et nous proposons actuellement plus de 10 000 activités interactives qui permettent aux enseignants de faire travailler les compréhensions écrite et orale, les expressions écrite et orale, le lexique, la grammaire et la phonétique à leurs apprenants, des niveaux A1 à B1. Grâce à un accès dédié, les enseignants peuvent suivre l’activité de leurs apprenants et gérer les classes virtuelles afin d’intervenir avant, pendant ou après l’activité des apprenants, et ce à des fins de différenciation pédagogique.

Afin de répondre à des besoins d’intégration qui se font urgents, notre équipe pédagogique a travaillé plus de 6 mois sur un programme d’alphabétisation, que nous avons le plaisir de vous présenter à travers cette charte pédagogique.

Vous découvrirez, avec cette lecture d'une dizaine de minutes, pourquoi nous avons opté pour une approche pédagogique mixte, comment nous utilisons les piliers de l'apprentissage numérique pour aider les apprenants jamais ou peu scolarisés à apprendre à apprendre ou encore l’évolution des compétences au fur et à mesure du programme. L’équipe Frello vous souhaite une bonne lecture.

Pourquoi un programme d’alphabétisation ?

Pour les apprenants

L’alphabétisation est un droit fondamental selon l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont la privation entraîne, entre autres, les conséquences suivantes selon la Fondation pour l’alphabétisation :

  • Un accès limité à l’information ;

  • un taux de chômage plus élevé ;

  • un niveau de vie inférieur à la moyenne ;

  • une insécurité financière ;

  • une inégalité des chances pouvant entraîner la transmission de l’analphabétisme ou de l'illettrisme aux enfants ;

  • une faible estime de soi.

Selon l’INSEE, 37% des personnes nées à l’étranger et résidant en France (3,6 millions de personnes) sont en situation préoccupante face à l’écrit, soit environ 1 300 000 personnes. Ce chiffre est par ailleurs en augmentation puisqu’il y a eu, en France, selon les chiffres du gouvernement pour 2019, 274 700 premières demandes de titres de séjour et 177 822 demandes d’asile déposées à l’OFPRA, soit un total de 452 522 personnes, dont 167 433 seraient en difficulté face à l’écrit. En outre, ces chiffres ne prennent pas en compte les exilés ne déposant ni demande en préfecture, ni demande à l’OFPRA, les données concernant l’exil étant par définition indisponibles ou difficilement estimables.

Frello s’étant donné pour mission l’accompagnement de toute personne ayant besoin d’apprendre le français, la création d’un programme d’alphabétisation allait donc de soi face à l’ampleur du problème et des conséquences sur la vie familiale, sociale et professionnelle qui découlent de l’analphabétisme.

Pour les formateurs

Les formateurs en alphabétisation manquent cruellement de moyens (logistiques et humains) et d’outils à disposition. Ils doivent en effet atteindre des objectifs ambitieux avec un nombre d’heures de formation réduit, tout en faisant face à des groupes très hétérogènes (voir notre article sur la différenciation en classe de FLE). Cette hétérogénéité est encore plus marquée chez les apprenants en situation d’alphabétisation (qui se retrouvent même parfois dans des classes de FLE), et ses conséquences (décrochage, démotivation et inefficacité du processus d’apprentissage) s’en voient donc amplifiées. Ces difficultés ont été exacerbées par la crise sanitaire du COVID.

C’est aux formateurs que sont destinés nos outils, qui ont été pensés dans une perspective d’hybridation, et non d’apprentissage en totale autonomie. Il s’agit de fournir aux formateurs la possibilité de faire travailler leurs apprenants avant, pendant et après les cours en présentiel, suivant le degré d’autonomie des apprenants.

Pour quel public ?

Au sein des populations exilées, il existe différentes catégories d’analphabétisme ou d'illettrisme :

  • Les apprenants n’ayant jamais appris à lire, et ne parlant pas le français ;

  • les apprenants n’ayant jamais appris à lire, mais qui ont des compétences orales, allant de A1 jusqu’à des niveaux avancés ;

  • les apprenants ayant reçu une éducation dans leurs pays d’origine, mais qui ont perdu les compétences de lecture ou d’écriture par manque de pratique ou parce que ces compétences n’ont jamais été vraiment acquises (illettrés secondaires).

Les frontières entre ces catégories sont bien entendu poreuses, d’où l'hétérogénéité en classe d’alphabétisation évoquée plus haut. Nous proposons un programme d’alphabétisation qui puisse répondre aux besoins de tous, c’est-à-dire qui ne délaisse pas la catégorie qui l’est habituellement, à savoir les apprenants n’ayant jamais appris à lire et ne parlant pas le français. Nous nous adressons donc à des apprenants ne sachant ni lire, ni écrire, et qui ne parlent pas le français. Il est nécessaire de préciser que, grâce aux outils de suivi et d’assignation de Frello, les deux autres catégories d’apprenants (apprenants ayant déjà des compétences à l’oral ou illettrés secondaires) peuvent évidemment utiliser nos outils, sous l’encadrement de l’enseignant qui assignera les modules adéquats au moment idoine.

Objectifs du programme

Nous sommes conscients qu’aucun programme numérique ne permet à des apprenants de devenir lecteurs et scripteurs sans des cours en présentiel, auxquels Frello est un outil complémentaire.

Notre objectif est donc de permettre aux apprenants de franchir un cap : de non-lecteurs ou illettrés secondaires, nous voulons leur permettre de devenir au moins déchiffreurs.

En ce qui concerne l’écriture, elle n’est pas travaillée en tant que telle car Frello est une application numérique ; nous proposons néanmoins aux apprenants des activités de repérage des lettres sur le clavier pour les restituer en les tapant, soit en ayant le modèle sous les yeux soit, très ponctuellement, sans le modèle, auquel il y aura eu alors plusieurs expositions. Cette démarche permettra de pallier, en partie, d’éventuelles problématiques liées à l’illectronisme.

Au terme du programme, les apprenants auront alors des compétences de déchiffrage suffisantes pour enchaîner avec le programme A1 de Frello, et auront brisé la barrière psychologique de l’écrit en acquérant une autonomie sur l’application. Encore une fois, ces deux objectifs sont conditionnés par la présence d’un formateur qui accompagne les apprenants.

Démarches pédagogiques d’alphabétisation

Différentes approches pédagogiques existent en alphabétisation :

L’approche syllabique

L’apprenant explore, identifie et mémorise les différents graphèmes du français, pour ensuite passer au mot via un travail sur la combinatoire. L’approche syllabique permet une approche rationnelle de la langue mais se heurte à la complexité du système graphique français. En outre, un long temps de formation est nécessaire avant de constater les premiers résultats.

L’approche globale

L’approche globale se base sur la reconnaissance globale d’un certain nombre de mots que l’apprenant mémorise sans travail préalable sur les graphèmes, ni sur les syllabes. C’est grâce à un bagage graphique plus ou moins important, ainsi qu’à une certaine maîtrise de l’oral, que l’apprenant acquiert le système graphique français.

L’approche mixte

Il s’agit de combiner les deux premières approches : l’apprenant travaille sur le système graphique et sur la combinatoire tout en se constituant un répertoire lexical grâce à la reconnaissance globale.

La Méthode Naturelle de Lecture-Écriture (MNLE)

L’apprenant raconte et construit son récit de vie avec le formateur. Puisque c’est son histoire personnelle, il la mémorise facilement et travaille sur la transcription effectuée par le formateur, à partir de laquelle un travail sur le système graphique est alors engagé.

La MNLE n’est possible qu’avec des apprenants ayant au moins le niveau A2 à l’oral.

Notre approche

Nous désirons nous adresser à des apprenants n’ayant jamais appris à lire et n’ayant pas de bases orales en français. En outre, notre solution est une plate-forme d’apprentissage numérique. Pour ces raisons, la MNLE est une approche que nous ne pouvons malheureusement pas mettre en place.

Nous avons choisi de proposer une approche mixte pour les raisons suivantes :

  • nos propres expériences respectives dans le domaine de l’alphabétisation, durant lesquelles nous avons constaté la nécessité de recourir à un travail sur le code, qui repose néanmoins sur une reconnaissance globale de certains termes ;

  • la consultation de nos partenaires de terrain, qui ont tous conforté nos choix ;

  • les constatations des études les plus récentes en la matière, qui soulignent l’importance d’un apprentissage explicite du code alphabétique, y compris chez les adultes.

Dans notre approche, le code ne précède donc pas systématiquement le sens (approche syllabique), ni l’inverse (approche globale) ; l’apprenant effectue des allers-retours continus entre le code et le sens, ce qui lui permet de maîtriser le premier tout en en comprenant le second.

Précisons toutefois que nous n’avons aucune vocation idéologique, et que nous savons bien que les méthodes les plus efficaces sont avant tout celles auxquelles adhèrent les formateurs. Puisque nous proposons une approche mixte, les formateurs utilisateurs de Frello sont libres de n’exploiter et de ne proposer que les activités en phase avec l’approche qu’ils mettent en place sur le terrain. Nous verrons en détail comment se traduit la mixité des deux approches au sein des modules lors de la présentation de la structure de notre programme. Pour l’instant, voici un résumé des principes d’apprentissage sur lesquels nous nous sommes reposés, inspirés par les travaux de Stanislas Dehaene et par le livre vert de Didask :

Une attention focalisée

Pour réaliser une tâche, l’attention de l’apprenant n’est sollicitée que sur un point en particulier, afin d’éviter une surcharge cognitive, qui a lieu quand il y a trop d’informations, ou quand elles sont trop complexes par rapport au niveau de l’apprenant :

En situation de « double tâche », c’est-à-dire lorsque l’on demande de réaliser plusieurs opérations cognitives sous le contrôle de l’attention, l’une des deux opérations au moins sera ralentie, voire totalement laissée de côté. (Dehaene)

Un apprentissage par essai-erreur

Au terme d’une suite d’activités regroupées au sein d’un module, l’apprenant a accès à un taux de réussite qui vient déterminer son taux de réussite global. Cette évaluation n’est cependant pas sommative, mais formative. En effet, l’objectif n’est pas de sanctionner un état des connaissances à l’instant T, mais de permettre à l’apprenant d’acquérir ces compétences via un apprentissage par essai-erreur : l’apprenant essaie et, s’il se trompe, prend conscience de ce qu’il ne sait pas. La réussite de cette démarche dépendant de retours d’information systématiques, la majorité des activités proposées sur Frello sont auto-corrigées. Il est cependant nécessaire de dédramatiser l’erreur, rôle qui incombe au formateur en présentiel.

Un apprentissage actif

Que ce soit sur nos programmes de FLE ou d’alphabétisation, l’apprenant n’est que très rarement placé dans une posture d’observation passive, qui demeure très courte quand elle apparaît. En effet, une transmission verticale et rigide de l’information est peu efficace par rapport au principe d’un apprentissage actif où sont sollicitées les compétences acquises ou en acquisition :

De nombreuses expériences, chez l’animal comme chez l’homme, au laboratoire ou à l’école, démontrent qu’un organisme passif n’apprend pas. En écho à ces travaux de neurosciences fondamentales, la recherche pédagogique indique que le cours magistral, où l’esprit des enfants peut vagabonder, est moins efficace que ne le sont les pédagogies actives, qui sollicitent l’engagement (...). (Dehaene)

Ainsi, le travail sur la combinatoire passe par la méthode essai-erreur : l’apprenant teste et, s’il se trompe, cette erreur nécessaire lui permet d’anticiper les bonnes réponses lors d’une activité ultérieure. L’efficacité d’une telle approche implique donc le respect d’un autre principe, celui d’un apprentissage cyclique.

Un apprentissage cyclique

Une compétence, surtout linguistique, n’est jamais acquise en une seule fois, et tout formateur sait la nécessité de revenir plusieurs fois sur ce qui a déjà été travaillé. Cette nécessité est exacerbée dans un contexte d’alphabétisation où la construction de stratégies d’apprentissage est une compétence à acquérir, et l’est encore davantage dans un environnement numérique reposant sur un principe d’autonomisation par essai-erreur :

Le quatrième facteur clé de l’apprentissage est la consolidation. On appelle ainsi l’automatisation progressive des circuits qui sous-tendent un apprentissage. L’automatisation transfère les connaissances acquises du compartiment conscient vers des circuits spécialisés et non-conscients, libérant ainsi les ressources mentales pour de nouvelles tâches. (Dehaene)

Ces impératifs justifient le nombre d’activités que nous proposons (plus de 3000), qui ne concernent qu’une quarantaine de compétences graphiques et 90 mots, et nous avons respecté les principes suivants :

  • une compétence graphique est travaillée plusieurs dizaines de fois ;

  • l’apprenant est exposé au moins une dizaine de fois à un terme lexical.

En parallèle :

  • la répétition n’est pas redondante, il s’agit de faire travailler les mêmes compétences mais via des supports et des activités différentes, afin d’éviter un phénomène de lassitude dû à la redondance ;

  • les répétitions sont espacées, afin de permettre l’ancrage mémoriel de l’information.

Un apprentissage ludique

Caine & Caine ont démontré, en 1997, que le cerveau était stimulé pour l’apprentissage quand les activités proposées sont variées, et quand on propose aux apprenants de relever un défi. Les bienfaits du jeu font par ailleurs consensus pour l’apprentissage en général et le FLE en particulier. Nous essayons donc de proposer, régulièrement et autant que faire se peut, des activités ludiques ou jeux sérieux. Lors de ces activités, l’apprenant n’est pas sollicité pour une réflexion-réponse sur la langue elle-même, mais pour trouver une solution à un problème ludique, et il est alors obligé de manier la langue pour pouvoir comprendre et proposer des solutions, et la langue devient alors un moyen et non une finalité.

Structure de notre programme d’alphabétisation

Nos contenus sont disponibles et détaillés au sein de notre référentiel de compétences.

Nous proposons 8 unités, comprenant chacune 3 leçons :


Chaque leçon comporte 5 ou 6 modules (1 ou 2 ou deux modules de graphie, 1 de lexique, 1 de phonétique, 1 de compréhension écrite, 1 d’expression écrite). Au sein de chaque module, il y a entre 10 et 50 activités selon la compétence travaillée :

Objectifs graphiques des 8 unités du programme

Unité 1

  • Savoir nommer les lettres

  • Savoir associer les minuscules et les majuscules

  • Savoir compter jusqu’à 10

  • Reconnaître les voyelles des consonnes

  • Identification des lettres sur le clavier.


Unité 2

  • Vérifier et consolider les acquis de l’unité 1

  • Remédier aux éventuelles lacunes en travaillant les graphèmes proches



Unité 3

  • Commencer à travailler sur la combinatoire

  • Exposition de l’apprenant à des syllabes simples (1 consonne, 1 voyelle)



Unité 4

  • Consolidation des syllabes simples et présentation des syllabes complexes (1 voyelle, plusieurs consonnes)

  • Travail sur la combinatoire pour la lecture de mots simples (mots sans digrammes ni trigrammes)




Unité 5

Travail sur les graphèmes consonantiques complexes

  • Le H : muet, [ʃ], [f]

  • Le G ; [g], [ʒ], [ɲ]

  • Le C ; [s], [k]

  • Le S : [s], [z]


Unités 6 et 7

  • Travail sur les différents graphèmes, simples et complexes, des phonèmes vocaux suivants : [o], [u], [ə], [oe], [ɛ], [ɔ̃], [ɑ̃] et [ɛ̃]


Unité 8

  • Travail sur les semi-voyelles [w] et [j]



Les compétences graphiques que nous proposons ont été choisies dans un souci de pertinence, et non d’exhaustivité. Voici quelques exemples :

  • La lettre Z n’est pas travaillée en unité 3 en raison de la rareté des syllabes qui la comprennent ;

  • le digramme QU est travaillé de manière transversale ;

  • lorsqu'un phonème est travaillé, il ne s’agit en aucun cas de présenter toutes ses graphies possibles. Par exemple, le digramme UM a été écarté lors du travail sur le son [ɛ̃], ainsi que le EM ;

  • la semi-voyelle [ɥ] n’a pas été travaillée : il n’y a pas de risque de réalisation erronée ;

  • etc.

Les objectifs lexicaux de notre programme

Les modules de lexique, de compréhension écrite et d’expression écrite se basent sur une approche globale. L’apprenant est exposé plusieurs fois à la graphie d’un terme, à sa prononciation et à son sens tout au long des trois modules, le module de phonétique venant renforcer à la fois les termes présentés en lexique et les graphies étudiées en début de leçon. Trois critères ont conditionné le choix de la liste lexicale de notre programme :

  • Représentation du français le plus courant (nous nous sommes basés sur les listes de fréquence élaborées par Brunet) ;

  • représentation des graphèmes étudiés (chaque module de lexique porte sur trois ou quatre mots des graphèmes étudiés en début de leçon) ;

  • prise en compte des besoins FLI des apprenants.

Voici la liste des mots et leurs emplacements dans le programme :


Mode d’emploi

  1. Afin que les consignes soient compréhensibles par les apprenants, des visuels unicodes leur indiquent ce qui est attendu d’eux. Ces visuels, et ce qu’ils représentent, sont détaillés dans la fiche utilisateur alphabétisation, à consulter en ligne. Cette fiche est également disponible en version imprimable et, idéalement, l’apprenant doit toujours y avoir accès ou l’avoir à disposition.

  2. Nous proposons une formation pédagogique de 30 minutes (pour les utilisateurs qui connaissent déjà les outils Frello, sinon compter une heure de plus) pour présenter le programme en détail et les usages possibles.

  3. Il est absolument nécessaire d’accompagner les apprenants, individuellement, dans la découverte de l’application mobile :

  4. inscription sur Frello

  5. utilisation de l’application

  6. réalisation d’un devoir

  7. accès aux devoirs

  8. accès et utilisation de la fiche utilisateur

Cet accompagnement est détaillé lors des formations.


Vous souhaitez une démontration de notre outil ?

N'hésitez pas à prendre contact avec un membre de notre équipe pour en savoir plus.